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Un combat en faveur de la liberté de participer à des compétitions

En septembre, le boxeur Muhammad Ali a écrit une page de l'histoire en devenant le premier boxeur britannique atteint de diabète de type 1 à monter sur le ring en tant que professionnel



Muhammad Ali

Le samedi 15 septembre 2018, le boxeur Muhammad Ali a écrit une page de l’histoire en devenant le premier boxeur britannique atteint de diabète de type 1 à monter sur le ring en tant que professionnel et à vaincre son adver-saire, Andrej Cepur, par 40-36 points après quatre rounds au Victoria Ware-house de Manchester (Royaume-Uni). C’est une formidable entrée en matière pour le boxeur, qui s’est battu pendant près de trois ans pour prouver au Bri-tish Boxing Board of Control (BBBC) que son diabète n’aurait aucun impact sur lui sur le ring. Ali prévoyait initialement de passer professionnel en 2015, mais les règles du BBBC de l’époque empêchait les boxeurs atteints de diabète de type 1 d’obtenir une licence.

Je vis avec le diabète depuis 20 ans et, de ce fait, je ne peux pas vraiment dire que je rencontre des difficultés.

Âgé de 25 ans, Ali a finalement obtenu sa licence lors d’une réunion avec le comité le 9 mai 2018, un succès qu’il doit à son équipe, et notamment à son entraîneur, Alex Matvienko, à son endocrinologue, le Dr Ian Gallen, et à son directeur sportif, Asad Shamim. Ensemble, ils ont réuni des documents clés prouvant que le diabète d’Ali n’affecterait pas ses performances de boxeur.

Un peu plus tôt ce mois-ci, Diabetes Voice a eu la chance d’interviewer Ali sur sa vie avec le diabète de type 1, la boxe et le combat qu’il mène pour pouvoir pratiquer le sport qu’il aime à un niveau professionnel.

Quand votre diabète a-t-il été diagnostiqué ? Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il s’est passé, où le diagnostic a été posé et si vous avez été hospitalisé ?

Mon diabète de type 1 a été diagnostiqué au Royaume-Uni à l’âge de cinq ans. Je me sentais faible et déshydraté et j’urinais beaucoup en raison de mon taux de glycémie élevé. Un jour, j’ai fait une hypoglycémie et mes parents ont appelé une ambulance qui m’a conduit à l’hôpital, où j’ai appris que j’avais le diabète. Les médecins m’ont gardé à l’hôpital une semaine environ et ont effectué des contrôles réguliers. Ils ont expliqué le diabète à mes parents et leur ont montré comment contrôler mon taux de glycémie et quels aliments privilégier, par exemple.

Quels types d’outils du diabète utilisez-vous pour gérer votre diabète de type 1 ?

À l’heure actuelle, j’utilise un appareil de contrôle continu de la glycémie (ACCG) pour gérer mes taux de glycémie. Celui-ci a considérablement facilité le contrôle et la gestion de mon diabète lorsque je suis sur le ring. Je le porte en permanence.

Quels types d’aliments mangez-vous dans le cadre de vos entraînements et de votre diabète ?

Je mange des plats que je cuisine moi-même à la maison. Je pèse mes portions de glucides, de protéines et de matières grasses de façon à savoir en permanence avec précision quelle quantité d’insuline je dois m’injecter (seringue). Un dîner type se composera de 200 g de poitrine de poulet, de 75 g de riz, de 50 g de brocoli et d’1 litre d’eau, par exemple.

Quand avez-vous commencé la boxe ? Pourquoi ?

J’ai commencé la boxe à l’âge de 12 ans. Je fais du sport depuis l’âge de cinq ans. J’ai notamment fait du karaté et joué au football, au cricket et au rugby dans des clubs régionaux. Dans ces sports, en cas de défaite, je pouvais blâmer les autres membres de l’équipe ! En revanche, en boxe, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. J’ai toujours eu l’esprit de compétition dans toutes mes activités sportives. La boxe était mon sport préféré. Je voue une véritable passion à la boxe et ai trouvé ma voie. Par ailleurs, je déteste perdre ! La boxe me procure un sentiment de contrôle.

Qu’est-ce qui est le plus difficile en ce qui concerne votre diabète de type 1 et les entraînements au gymnase et sur le ring ?

Je vis avec le diabète depuis 20 ans et, de ce fait, je ne peux pas vraiment dire que je rencontre des difficultés. Il arrive que mon taux de glycémie augmente, de sorte que je le surveille régulièrement à l’aide de mon ACCG. Lorsque cela s’avère nécessaire, je prends une dose de correction pour équilibrer mon taux de glycémie. Je sais comment et quand contrôler mon diabète, ce qui fait que je mène une vie saine.

Lorsque vous avez appris que vous ne pouviez pas obtenir votre licence de boxeur, qu’avez-vous pensé et ressenti ? Qu’est-ce qui vous a fait vous battre contre cette décision ?

J’ai eu le cœur brisé en 2015 lorsqu’on m’a dit que je ne pouvais pas obtenir la licence de boxeur professionnel en raison de mon diabète de type 1. Je me suis senti discriminé et mis à l’écart !
Si je me suis opposé à cette décision, c’est avant tout parce que je suis en bonne santé malgré mon diabète, ce qui me permet de réaliser mes rêves. Deuxièmement, c’est parce que je suis un bon boxeur.
Et enfin et surtout, le British Boxing Board of Control était en infraction avec la loi sur l’égalité..

Que craignait spécifiquement le BBBC ?

Le comité avait rejeté ma licence car il n’en délivrait pas aux personnes atteintes de diabète de type 1 ou de type 2. Il s’inquiétait de ma santé et du fait que je ne pouvais pas mesurer ma glycémie pendant un match. Le Dr Ian Gallen, qui a travaillé aux côtés du Olympic Champion, Steve Redgrave (lui aussi atteint de diabète de type 1), a rejoint l’équipe et a joué un rôle déterminant. Il nous a remis l’ACCG, qui prouve que mon taux de glycémie est stable lors des combats d’entraînement. J’ai dû démontrer, preuve de mon médecin spécialiste à l’appui, que je suis en bonne santé en dépit de mon diabète. J’ai également dû me soumettre aux examens médicaux annuels prescrits aux boxeurs, qui consistent en un scanner cérébral et en un check-up complet de l’organisme.
Une partie du problème en ce qui concerne ces « règles » résidait dans la ma-nière dont les réglementations ont été élaborées au tout début et dans le fait que le comité britannique était en infraction avec la loi sur l’égalité, qui octroie des chances égales à toute personne désireuse de participer à des compétitions sportives telles que la boxe. J’ai été le premier à m’opposer à la réglementation. Face à une équipe juridique tenace, le comité n’a pas eu d’autres choix que de revoir ses réglementations et de les modifier.

Pourquoi ne pas plutôt avoir introduit une demande de licence de boxe dans un pays comme les États-Unis, où il n’existe aucune règle à l’encontre des personnes atteintes de diabète ?

Je tenais à représenter la Grande-Bretagne. Je suis né et j’ai grandi dans ce pays. J’y ai obtenu mon diplôme et j’y paie mes impôts. Il n’y a pas de raison que je ne puisse pas représenter mon pays.

Avez-vous été confronté à d’autres formes de discrimination liées à votre diabète de type 1 au cours de votre vie ?

Non, jamais.

Maintenant que vous avez remporté le combat pour l’obtention de votre licence, quelles sont les prochaines étapes de votre carrière de boxeur professionnel ?

J’espère pouvoir disputer des combats pour des titres mondiaux dans un avenir très proche. Mon rêve est de devenir champion du monde et de suivre les traces du plus grand boxeur de tous les temps, Muhammad Ali.

Quel serait votre message à une personne qui s’entend dire qu’elle ne peut pas faire quelque chose en raison de son diabète de type 1 ?

Je lui dirais de ne jamais renoncer ! Le diabète est une condition, pas une maladie, et peut tout à fait être géré correctement. Les gens doivent se renseigner sur le diabète et comprendre comment mener une vie saine. Nous sommes parfois les seuls à blâmer lorsque nous n’exploitons pas tout notre potentiel. Le fait de s’entourer de personnes positives fait une réelle différence. Croyez en vos rêves et réalisez-les ! Ne faites pas une croix dessus.

Merci, Ali, d’avoir partagé votre histoire ! Nous vous souhaitons plein de succès !

Ali remontera sur le ring du Victoria Warehouse le 17 novembre pour son prochain combat.  

 

Elizabeth Snouffer est rédactrice de Diabetes Voice


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