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L’Art et le diabète : « Appleton ètait là »

Appleton s'est fixé une mission : utiliser son art pour sensibiliser le public au diabète de type 1, tant dans la rue qu'en studio. Diabetes Voice a eu la chance de nous rendre dans son studio de Chelsea pour une brève discussion.



Appleton

Appleton s’est fixé une mission : utiliser son art pour sensibiliser le public au diabète de type 1, tant dans la rue qu’en studio. « Appleton » est le tag qu’utilise l’artiste de rue en guise d’avatar. Souvent, l’art de la rue et le travail en studio d’Appleton se recoupent pour créer des images vibrantes, mêlant installations multimédias et impressions. Appleton a développé son diabète de type 1 à l’âge de six ans et a été diagnostiqué alors qu’il était presque trop tard. Ayant survécu à quatre jours de coma à l’hôpital, il estime que les gens « sont trop jeunes pour être atteints de diabète de type 1 », une conviction étroitement liée à la menace de complications tellement difficiles à éviter. Appleton est devenu une sorte de Kilroy pour les personnes atteintes de diabète – en étalant ses images emblématique dans les villes et les zones rurales américaines. Nous avons eu la chance de nous rendre dans son studio de Chelsea pour une brève discussion.

Votre nom d’artiste de rue est Appleton. D’où vient ce nom ?

Appleton est le nom de jeune fille de ma grand-mère et mon deuxième prénom. Je suis très fier de le porter.

Où avez-vous grandi ?

Je suis originaire du nord du New Jersey, aux États-Unis.

Parlez-nous du diabète dans votre vie. Et au sein de votre famille.

Ma grande sœur Beatrice est morte à l’âge de sept ans d’un diabète non diagnostiqué avant ma naissance. Elle est décédée d’une acidocétose diabétique (ACD). J’ai développé le diabète environ sept ans après sa mort. Je dis que son diabète n’était pas diagnostiqué car, dans les années 1970, la sensibilisation était faible et les médecins pensaient que les enfants comme ma sœur souffraient d’une maladie banale comme un rhume ou la grippe. Ils n’avaient pas compris. Aujourd’hui encore, certains médecins passent toujours à côté du diagnostic de diabète. Entre autres conseils, ils recommandaient de boire beaucoup, de sorte que le fait d’uriner fréquemment semblait normal. Que les médecins ne dépistent pas le diabète à l’époque, et aujourd’hui encore, me dépasse. De nombreux enfants continuent de mourir d’un diabète de type 1 non reconnu, d’une ACD et d’un coma. Je suis resté quatre jours dans le coma à l’hôpital avant de me réveiller. J’ai eu de la chance : j’ai survécu.

Pourquoi vous êtes-vous tourné vers l’art ? Pourquoi l’axer sur le diabète ?

Mon travail a évolué au fil des décennies. Je m’exprime avec beaucoup d’humilité. J’ai toujours aimé démonter et assembler des objets. Enfant, je voulais remplir la maison de photos. Nous n’avions rien sur les murs et dans notre maison. Je suis le plus jeune de quatre frères. Mes parents ont divorcé alors que j’avais deux ans. À cause de cette absence d’unité familiale, nous n’avions pas de photos. À l’époque, je dessinais et je créais. Lorsque le diagnostic de diabète de type 1 est tombé à l’âge de six ans, j’ai commencé à collectionner tout ce qui tournait autour du diabète. J’ai notamment conservé presque tous les flacons d’insuline qui sont passés par mon organisme. Toute une vie de flacons — un rappel à tout jamais de ce que j’ai traversé pendant plus de 40 ans. Ces flacons d’insuline sont devenus des images emblématiques que j’utilise dans mon art pour sensibiliser les gens dans la rue.

Pouvez-vous nous parler de vos nouvelles installations du diabète ?

J’ai créé des décorations intitulées « Diabetes is coming to a child near you » (Le diabète touche un enfant à côté de vous) avec des chaussures d’enfants et de l’insuline afin de les placer dans des parcs et d’autres espaces en l’honneur de ma sœur Beatrice et d’autres enfants à des fins de sensibilisation. J’ai trouvé toutes ces petites chaussures perdues au cours de mes voyages. Une chaussure d’enfant est un objet qui vous parle — voir une chaussure seule suscite des pensées perdues, temporaires à propos de la vie de ces petits êtres précieux.

Lorsque j’ai vu pour la première fois votre collage d’un flacon d’insuline sur un pont à New York il y a des années, j’ai été surpris, mais je savais également que ce n’était pas une publicité. Je ne parvenais pas à décider si c’était une publicité ou une blague ! Cela m’a fait rire. Vous en étiez l’auteur ? Pouvez-vous m’en parler ?

Oui, je suis monté en haut d’une échelle de 5,5 m pour placer ce flacon d’insuline juste en dessous de la voie rapide face à l’Hudson à Manhattan (New York) il y a peut-être quatre ans d’ici.

N’est-il pas difficile de monter pour placer ces installations d’art de la rue en hauteur ?

Non, j’ai beaucoup appris de mes chats au fil des ans.

À propos des animaux domestiques, j’ai constaté que les chiens étaient largement représentés dans votre œuvre. Cela a-t-il à voir avec le fait que les chiens ont joué un rôle important dans la découverte de l’insuline par Banting ?

Non, pas vraiment, mais les chats et les chiens jouent clairement un rôle important dans ma vie. Les chiens peuvent devenir l’âme d’une famille, en particulier pour les gens qui, comme moi, proviennent d’un foyer éclaté. L’énergie, l’inspiration et l’amour que les animaux nous offrent de manière inconditionnelle sont un véritable cadeau du ciel pour nous. Je ne pourrais pas vivre sans leur présence amicale dans ma vie. Mon travail contient plusieurs références à mes animaux. Mon ancien berger allemand « Boy Boy » m’a accompagné pratiquement chaque fois que je me consacrais à l’art de la rue. Aujourd’hui, c’est Boo-Boo – nom qu’il a reçu au chenil – qui est à mes côtés pour m’aider à continuer à défendre cette cause.

Que pouvez-vous nous dire à propos de la signification de votre art de la rue en général et de ce que vous voulez que les gens ressentent ?

Mon œuvre est un hommage à ma sœur, à l’ensemble des personnes atteintes de diabète, mais aussi à moi-même. Comme je l’ai dit, nous sommes tous trop jeunes pour avoir le diabète de type 1 ! Mêmes les cinquantenaires sont trop jeunes. « Trop jeune pour le diabète de type 1 » fait allusion au fait que ma sœur est décédée de la condition à l’âge de sept ans, que je suis quasiment mort à l’âge de six ans et que toutes les personnes atteintes de la condition ont frôlé la mort à de très nombreuses reprises. Nous sommes trop jeunes car, même si l’insuline nous permet de survivre, la vie avec le diabète nous tue lentement. Personne ne mérite d’avoir le diabète.

Mon œuvre a notamment été inspirée par ce que Kilroy représentait pour tant de G.I. (soldats) pendant la deuxième guerre mondiale. Le texte « Kilroy was here » a inspiré tellement d’hommes pendant la guerre. Si vous étiez un soldat et que vous aviez faim, que vous étiez fatigué et découragé et qu’en regardant le mur d’une caserne ou la coque d’un bateau, vous voyiez le graffiti « Kilroy », cela vous redonnait du courage. Ce message remontait le moral du soldat et lui donnait de l’espoir. Nous sommes tous des soldats – des soldats du diabète. Telle est notre identité commune. Un hommage à toutes les personnes atteintes de diabète. Lorsque d’autres personnes atteintes de diabète voient mon œuvre, j’imagine qu’elles éprouvent un sentiment d’espoir, de communauté et d’encouragement — à se montrer positives et, bien sûr, au fait que nous ne sommes pas seuls.

De quelle manière les gens réagissent-ils à votre travail ? Qu’en disent-ils ?

J’ai monté une exposition il y a quelques années à l’Art Expo sur la jetée (à Chelsea, New York). J’aime les expositions ouvertes car les gens peuvent flâner et s’arrêter pour regarder mes œuvres. Je les invite à me parler – à me dire ce qu’ils aiment. Les personnes qui ne connaissent pas le diabète me parlent des couleurs, de ce qu’ils aiment – les trains et les requins attirent toujours leur curiosité. Lorsque je commence à expliquer ce qui sous-tend mon œuvre et la gravité du diabète, les gens perçoivent combien c’est important. De nombreuses personnes avec qui j’ai parlé – qui ne connaissent rien au cauchemar que représente le diabète – repartent en ayant une vision plus claire de celui-ci.

J’ai entendu des personnes ayant un rapport avec le diabète dire que mon art reflète la vérité – et c’est pour cela qu’ils l’apprécient. À l’instar du requin qui se déplace dans le flacon d’insuline et qui représente l’avidité des grandes sociétés pharmaceutiques et le rôle qu’elles jouent dans l’accessibilité et le caractère abordable de l’insuline.

Quel est le meilleur endroit pour profiter de votre art de la rue ? De votre art en studio ?

Mes œuvres s’étalent à travers les États-Unis, de New York à Los Angeles, en passant par de nombreuses autres villes. De par sa nature, l’art de la rue a tendance à être éphémère — que ce soit sous l’effet de la météo ou des œuvres d’autres artistes. Los Angeles et New York sont les deux hauts lieux de mon art.
À New York, des visuels du diabète sont exposés en divers endroits.

Une de mes images est affichée depuis plusieurs années maintenant sur une porte à l’angle de la 26e rue ouest et de la 11e avenue à New York. Elle est toute décolorée, effacée par le temps – à l’instar de cette personne vieillissante atteinte de diabète. J’ai déplacé mon art à l’étranger – de Nice à la Norvège.

Qu’appréciez-vous le plus dans votre travail et votre vie aujourd’hui ?

Lorsque j’ai commencé à collectionner des flacons d’insuline et des seringues alors que j’étais enfant puis, plus tard, des bandelettes de test de la glycémie lorsqu’elles ont été développées, je ne pensais pas que cela avait quelque chose de spécial. Je faisais simplement ce que j’aimais. Et je le fais toujours. Chaque fois que je crée quelque chose de nouveau, je découpe tous les morceaux à la main. Je n’utilise jamais Photoshop. Je coupe tout à la main, puis je mets les morceaux en place et je les arrange à la main. J’aime me lever très tôt, à 4 heures ou 5 heures du matin. Tout est paisible et le temps vous appartient — seuls les oiseaux se font entendre tandis que la ville s’éveille lentement. Ces heures sont les plus paisibles et les plus créatives à mes yeux.

La prochaine exposition en studio d’Appleton est programmée en novembre 2018 à Los Angeles, en Californie (États-Unis).

 

Elizabeth Snouffer est rédactrice de Diabetes Voice


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