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Puis-je faire le jeûne du ramadan avec le diabète ?

En 2019, le ramadan se déroulera du 6 mai au 4 juin. Nous avons interrogé Abdul Basit et M. Yakoob Ahmedani sur son impact sur la gestion du diabète au sein de la population musulmane.


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Muslim men gathering for a communal charity iftar organised on a street by a local mosque

En 2019, le ramadan, mois saint de l’Islam, se déroulera du lundi 6 mai au mardi 4 juin, sur la base des observations lunaires. Le ramadan a un impact majeur sur la gestion du diabète au sein de la population musulmane. Durant cette période, l’organisme ne peut rien ingérer (nourriture, boissons, médicaments) de l’aube au coucher du soleil (heures de clarté). L’impact du jeûne sur le diabète pendant le ramadan nécessite de la discipline et de la préparation, ainsi que d’être prêt à rompre le jeûne, si nécessaire. La question que tout le monde se pose est : puis-je faire le jeûne du ramadan avec le diabète ?

Le jeûne du ramadan est obligatoire pour tous les musulmans adultes en bonne santé. Les repas sont uniquement pris entre le coucher du soleil et l’aube. C’est ce que l’on appelle l’iftar – traduit littéralement par « rompre le jeûne ». Les personnes malades ou présentant des conditions médicales sont exemptées du jeûne. De nombreuses personnes atteintes de diabète insistent toutefois pour faire le ramadan.

D’après les estimations du Pew Research Center la planète comptait 1,8 milliard de musulmans en 2015, soit environ 24 % de la population mondiale. Environ 90 à 148 millions de musulmans vivent avec le diabète dans le monde. D’après les prévisions, la population musulmane devrait augmenter plus de deux fois plus vite que la population mondiale globale entre 2015 et 2060.

Il est essentiel que les prestataires de soins et les personnes atteintes de diabète soient davantage informés des risques potentiels associés au jeûne. Des stratégies sont nécessaires pour réduire les risques qui pèsent sur les personnes atteintes de diabète. Nous avons demandé au Professeur Abdul Basit, Président régional de la FID pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, et au Professeur M. Yakoob Ahmedani, tous deux de Karachi, au Pakistan, de répondre à nos questions concernant la gestion du diabète pendant le ramadan.

Pourquoi est-il conseillé aux personnes atteintes de diabète qui ont décidé de faire le jeûne d’en parler avec leur équipe de soins de santé ? 

Pendant le jeûne, il est interdit d’ingérer des solides ou des liquides par voie orale. Ce jeûne est strictement observé. Il est interdit de boire même si les journées sont plus longues ou plus chaudes. Les personnes atteintes de diabète qui souhaitent faire le jeûne doivent consulter leur prestataire de soins avant le ramadan. Plusieurs informations essentielles doivent leur être fournies :

  • Leur risque personnel
  • Le planning de prise des médicaments
  • Le planning de test de la glycémie
  • Le test des cétones pour le diabète de type 1 (si et quand nécessaire)
  • Être attentif à des symptômes tels que la déshydratation, l’hypoglycémie et les accidents vasculaires cérébraux (thrombose)
  • Demander de l’aide en cas de problème. Il est possible d’administrer des liquides en intraveineuse sans rompre le jeûne.

Quels sont les principaux risques pour les personnes atteintes de diabète qui décident de jeûner pendant le ramadan ?

Les principaux risques pour les personnes atteintes de diabète sont l’hypoglycémie (faible glycémie) et l’hyperglycémie (glycémie élevée), la déshydratation et les accidents vasculaires cérébraux.

 

Les risques sont-ils les mêmes pour le diabète de type 1 et le diabète de type 2 ? Si ce n’est pas le cas, quelles sont les différences ?

D’après les directives, les personnes atteintes de diabète de type 1 présentent un risque élevé d’acidocétose diabétique (ACD). Il est clair que certaines personnes atteintes de diabète de type 1 ne devraient pas jeûner : celles dont l’HbA1c est supérieure à 9 % ; ou encore les personnes présentant une insensibilité à l’hypoglycémie, une maladie rénale ou des complications macrovasculaires et les femmes enceintes. Cela vaut aussi pour les personnes atteintes de diabète de type 2.

De nombreuses personnes atteintes de diabète de type 1 et de type 2 qui insistent pour faire le jeûne s’en sortent parfaitement avec une supervision et un soutien adéquats et moyennant le respect de certaines règles.

L’autosurveillance de la glycémie est-elle autorisée pendant le ramadan ?

L’autosurveillance de la glycémie est autorisée pendant le jeûne. En fait, elle renforce la sécurité des personnes et améliore la gestion de la glycémie. Les personnes concernées sont encouragées à tester plus souvent leur glycémie pendant le jeûne. Les experts ont confirmé à la quasi-unanimité que l’autosurveillance de la glycémie n’affecte pas le jeûne. Il est également conseillé de vérifier la glycémie en cas de développement de symptômes et de rompre le jeûne si la glycémie est <70 mg/dl.

En général, les repas pris pendant le ramadan sont très riches en calories et peuvent également contenir des aliments à forte teneur en glucides et en matières grasses. Que doivent faire les personnes atteintes de diabète lors de ces repas ?

Le sentiment que le repas de l’« après-jeûne » (iftar) doit être copieux est davantage une attitude comportementale. Les festins à la mode n’ont rien à voir avec le ramadan ou le jeûne. En réalité, consommer des repas copieux avant et après le jeûne va à l’encontre de l’esprit même du jeûne.

Quoi qu’il en soit, si les gens sont amenés à consommer davantage de calories, nous leur suggérons de procéder à des ajustements des doses de médicaments en conséquence. Pendant le ramadan, une activité physique est généralement pratiquée durant 45 minutes par jour après la prière de l’iftar. Pour les personnes qui ne pratiquent pas une activité physique régulière, il peut s’agir là d’un excellent point de départ pour la mise en place d’un programme d’exercice après le ramadan. De plus, certaines données probantes montrent que les personnes en surpoids qui respectent les conseils diététiques perdent beaucoup de poids pendant le ramadan.

En quoi les professionnels de la santé peuvent-ils aider les personnes atteintes de diabète qui décident de jeûner ?

Tout programme éducatif axé sur le ramadan doit couvrir les points fondamentaux suivants : la quantification des risques, la surveillance de la glycémie, des conseils concernant les liquides et la nourriture, des conseils en matière d’activité physique, les ajustements des médicaments et quand rompre le jeûne.

L’Alliance internationale du diabète et du ramadan (DAR) de la FID œuvre au niveau mondial pour améliorer la sensibilisation des prestataires de soins grâce à des directives sur le jeûne en toute sécurité chez les personnes atteintes de diabète. Les prestataires de soins sont encouragés à éduquer les personnes atteintes de diabète et les communautés aux risques du jeûne et aux mesures de sécurité.

Comment une personne atteinte de diabète de type 2 sous médicaments oraux peut-elle gérer son traitement ?

Ainsi qu’expliqué ci-dessus, toute ingestion orale rompt le jeûne. La prise de médicaments par voie orale n’est donc pas autorisée pendant le jeûne. Mais comme le jeûne se déroule de l’aube au crépuscule, il est possible de prendre les médicaments oraux habituels à des doses d’une ou deux fois par jour entre le crépuscule et l’aube pendant le ramadan. En cas d’hyperglycémie pendant la journée, une injection d’insuline peut être faite. Idéalement, les personnes atteintes de diabète doivent discuter avec leur prestataire de soins afin de préparer leur jeûne.

Quels types de directives ces personnes doivent-elles suivre si un ajustement de leur traitement médicamenteux s’avère nécessaire ? Où peuvent-elles trouver des informations à ce sujet ?

Les personnes atteintes de diabète peuvent utiliser l’application Safa de la DAR.

Où les professionnels peuvent-ils trouver davantage d’informations ?

Les directives pratiques de la DAR de la FID constituent un outil très utile pour les prestataires de soins. De nombreux pays ont développé des sites web et des documents adaptés aux besoins de leurs communautés. Au Pakistan, nous recommandons www.ramadandiabetes.com pour la population pakistanaise en particulier.

Le Prof. Abdul Basit est Directeur du Baqai Institute of Diabetology & Endocrinology (BIDE) de Karachi, au Pakistan, et Président 2018-2019 de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord de la FID.

Le Prof M. Yakoob Ahmedani est membre du Baqai Institute of Diabetology & Endocrinology de Karachi, au Pakistan, et Président du groupe Pakistan Diabetes in Ramadan.

 

 

 

Elizabeth Snouffer est rédactrice de Diabetes Voice


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